Les pluies qui tombent en pleine saison sèche, les vagues de chaleur intenses suivies de froid soudain, ou encore l’humidité inhabituelle. Ces manifestations du changement climatique bouleversent le quotidien de nombreuses familles au Rwanda et dans la région des Grands Lacs. Mais derrière les dégâts matériels et agricoles se cache une autre réalité, plus sournoise: la multiplication des maladies liées à ces dérèglements du climat.
Selon le Dr. Béatrice Niyonsenga, spécialiste en santé publique, plusieurs pathologies sont directement ou indirectement causées par les variations climatiques.
-Le paludisme: la chaleur et l’humidité favorisent la prolifération des moustiques.
– Les maladies respiratoires: la poussière pendant les périodes de sécheresse, mais aussi l’humidité excessive, aggravent l’asthme, la toux chronique et les infections pulmonaires.
-Les maladies diarrhéiques : lorsque les pluies emportent les latrines ou contaminent les sources d’eau, le choléra et la typhoïde se propagent rapidement.
-La malnutrition : conséquence de la destruction des récoltes par les pluies imprévisibles ou la sécheresse prolongée.
« Les changements climatiques ne sont pas qu’un sujet environnemental. C’est une question de santé publique urgente », insiste Dr. Niyonsenga.
À Musanze, Uwicyeza, mère de quatre enfants, raconte comment les pluies imprévues ont bouleversé sa vie: « La saison de juin devait être sèche, mais il a plu pendant trois semaines, mes enfants tombent malades plus souvent. »
Dans le district de Bugesera, Mukiza, un jeune de 27 ans, témoigne: « Après les fortes pluies de février, notre puits a été inondé. Nous n’avions plus d’eau potable. Beaucoup de gens du village ont eu la diarrhée et certains enfants ont dû être hospitalisés. »
Pour Dr. Charles Habimana, climatologue et enseignant-chercheur, ces phénomènes ne feront que s’accentuer si rien n’est fait: « L’Afrique de l’Est, et particulièrement le Rwanda, subit déjà les conséquences du réchauffement climatique mondial. Les saisons sont de moins en moins prévisibles. Cela crée un terrain favorable à la propagation des maladies. »
Il ajoute que la lutte contre ces pathologies passe aussi par l’adaptation: Renforcer les systèmes d’alerte météorologique, protéger les sources d’eau, développer la résilience agricole et améliorer l’accès aux soins de santé primaires.
Le ministère de la Santé a déjà mis en place plusieurs campagnes de sensibilisation sur l’hygiène et la prévention du paludisme.
Mais pour Dr. Niyonsenga, cela ne suffit pas : « La santé et le climat doivent être pensés ensemble. Il faut former davantage le personnel médical aux maladies émergentes liées au climat et renforcer la recherche pour anticiper les prochaines crises. »
Les changements climatiques ne détruisent pas seulement les champs et les routes. Ils fragilisent surtout les corps et la santé des populations. Derrière chaque pluie imprévisible ou vague de chaleur, ce sont des enfants, des femmes enceintes et des personnes âgées qui deviennent les premières victimes silencieuses.
AVEC MUKUNDE Alice/Stagiaire
