« Si tu refuses, nous te tuerons »: Des survivantes brisent le silence
« Si tu refuses, nous te tuerons »
Ces mots, rapportés par une survivante interrogée par Amnesty International, résument la terreur vécue par plusieurs femmes dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où les violences sexuelles continuent d’accompagner le conflit armé.
Dans un rapport publié en août 2025, Amnesty International affirme avoir recueilli les témoignages de 53 personnes, parmi lesquelles des survivantes de violences sexuelles, des proches de victimes, des professionnels de santé, des défenseurs des droits humains, des avocats et des acteurs humanitaires.
L’organisation y documente notamment des allégations de viols collectifs attribuées à certaines factions des Wazalendo, une coalition de groupes armés alliés aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).
Parmi les témoignages recueillis figure celui d’une femme qui explique avoir été agressée par plusieurs combattants armés.
Une autre survivante affirme avoir été attachée avant d’être violée collectivement. D’autres femmes racontent avoir subi des violences sexuelles alors qu’elles tentaient de fuir les affrontements ou qu’elles se trouvaient dans leurs villages.
Amnesty International précise que ces témoignages ont été recueillis directement auprès des survivantes et qu’ils font partie des éléments ayant conduit l’organisation à demander l’ouverture d’enquêtes indépendantes.
Des accusations documentées par les organisations de défense des droits humains
Depuis plusieurs années, l’est de la RDC demeure l’une des régions les plus exposées aux violences contre les femmes. Les organisations de défense des droits humains estiment que les violences sexuelles sont devenues une pratique récurrente dans plusieurs zones touchées par le conflit.
Selon Human Rights Watch et Amnesty International, certaines factions des Wazalendo sont mises en cause dans de graves violations des droits humains, notamment des viols, des viols collectifs, des actes de torture, des détentions arbitraires, des extorsions, des pillages et des exécutions de civils.
Les deux organisations soulignent toutefois que ces faits constituent des allégations documentées, qui nécessitent des enquêtes judiciaires indépendantes afin d’établir les responsabilités individuelles.
Pour Amnesty International, plusieurs des actes documentés pourraient constituer des violations graves du droit international humanitaire et, s’ils sont confirmés par la justice, relever de crimes de guerre.
Human Rights Watch souligne également que certaines zones sous l’influence de factions des Wazalendo ont été le théâtre d’actes d’intimidation et d’autres abus commis contre des civils. Les organisations appellent les autorités congolaises à mener des enquêtes impartiales et à poursuivre les auteurs présumés, indépendamment de leur affiliation.
Les experts estiment que l’impunité demeure l’un des principaux facteurs favorisant la répétition des violences sexuelles dans l’est de la RDC.
Bien que certains groupes Wazalendo soient soutenus par les autorités congolaises dans le cadre des opérations militaires, Human Rights Watch rappelle que ce soutien ne doit pas empêcher l’ouverture d’enquêtes sur les violations présumées des droits humains.
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme partage cette préoccupation et insiste sur la nécessité que tous les auteurs présumés de violations graves répondent de leurs actes devant la justice.
Des survivantes abandonnées
Au-delà des blessures physiques, les survivantes font face à la stigmatisation, au rejet familial, aux grossesses non désirées, aux infections sexuellement transmissibles et à des traumatismes psychologiques durables.
Les organisations humanitaires alertent également sur le manque d’accès aux soins d’urgence. Beaucoup de victimes ne reçoivent pas les traitements médicaux dans les 72 heures suivant un viol, délai pourtant crucial pour prévenir une infection par le VIH ou une grossesse non désirée.
Amnesty International, Human Rights Watch, les Nations unies et plusieurs organisations humanitaires demandent l’ouverture d’enquêtes indépendantes, la poursuite des auteurs présumés, le renforcement de la protection des femmes et des enfants ainsi qu’une meilleure prise en charge médicale, psychologique et juridique des survivantes.
Pour ces organisations, mettre fin à l’impunité constitue une étape indispensable pour protéger les populations civiles et empêcher que les violences sexuelles continuent d’être utilisées comme une arme de guerre dans l’est de la République démocratique du Congo.
AVEC umuringanews
