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Gicumbi: la violence contre les femmes, une culture

Depuis le début de la crise sanitaire de covid-19 le 14 mars 2020 au Rwanda, les cas de violence basée sur le genre contre les femmes ont augmenté. La population des secteurs Byumba et Kageyo du district Gicumbi, dans la province du nord, est affectée.

Jeanne Nyirampatsibyago résident dans le village Munini, cellule Gihembe, secteur Kageyo, district Gicumbi, a déclaré que pendant la période de confinement, son mari a été plus violent envers elle jusqu’à la blesser au niveau du visage. La nuit, elle subissait une violence sexuelle.

Mon époux me frappe, me persécute gravement. Lorsque je trouve un petit job, il me soupçonne d’avoir bu, mangé et connu des hommes. Pendant cette période de crise sanitaire, la situation s’est empirée à cause de la faim et la pauvreté car les opportunités de travail nous manquent, je ne suis pas sécurisée, la violence basée sur le genre a atteint un degré très élevé. »

Bazubagira du village Kageyo, cellule Nyamiyaga, secteur Kageyo, district Gicumbi affirme souffrir d’un handicap physique.  Elle fuyait pour éviter les coups de son mari puis a subi une chute dans un creux, ce qui a provoqué une fracture au niveau du pied. « J’ai passé deux mois à l’hôpital après une fracture au niveau du pied alors que je sauvais ma peau. Aujourd’hui je ne peux pas faire une longue distance à pied. Avant que son travail ne soit réduit en demi-journée, il n’était plus violent envers moi, » dit-elle.

Selon Vestine Makaporoje du village Karihira, cellule Gihembe, secteur Kageyo, la violence basée sur le genre existe bel et bien dans leur entité administrative. Elle accuse son mari de l’avoir forcée faire rapport sexuel et la frappée, ce qui a provoqué un avortement d’une grossesse de deux mois.

Vestine accuse son mari de l’avoir forcée faire rapport sexuel et la frappée/ photo: Alphonse M./www.umuringanews.com

« J’ai été hospitalisée pendant une semaine et demie après avoir refuser de faire les rapports sexuels forcés, car j’ai été frappée très violemment par mon mari, ce qui a provoqué un avortement. Comme il avait perdu son emploi pendant cette période de covid-19, il voulait aussi que je lui donne l’argent gagné dans mon business pour qu’il aille se payer un verre. Je ne pouvais pas satisfaire à sa demande car il ne me restait que le capital. » se justifie-t-elle.

Consolate Mutuyimana, du village Ruhashya, cellule Gisuna, secteur Byumba, district de Gicumbi a révélé que son mari l’a abandonnée pendant cette période de covid-10. Elle était maltraitée car son époux la frappait sérieusement. Elle subissait une violence sexuelle de la part d’un homme irresponsable.

« Il me frappait les câbles électriques, tout mon corps est plein de cicatrices. Je me rendais au travail et à mon retour, fatiguée, il voulait que l’on passe aux relations sexuelles. Quand je refusais, il me violait tout simplement, » dit-elle.

« Au début de la pandémie de covid-19, il a quitté la maison comme s’il se rendait au travail et n’est plus revenu. La raison principale de son départ c’est le changement des conditions de vie à cause de la crise sanitaire. Quand il rentrait à la maison, il constatait que les habitudes alimentaires avaient changé.  Maintenant je dois éduquer toute seule six enfants, ajoute-t-elle.

Félicité Mukabwanakweri, du village Gatare, cellule Gisuna, secteur Byumba, district de Gicumbi, affirme que son mari l’a déjà blessée deux fois à l’aide d’une machette. Elle avait trouvé un temps de répit mais avec la covid-19 la situation est redevenue mauvaise.

« Mon mari m’a torturée de façon terrible mais à chaque fois la famille élargie intervenait pour nous réconcilier. Avec la covid-19, le degré de violence s’est élevé, à mon avis parce qu’on passait toute la journée ensemble à la maison, je n’avais pas d’emploi, tandis que lui, il était gardien de nuit, pendant cette période, il m’a blessée pour la deuxième fois, a été emprisonné puis élargi, les autorités de base nous ont séparés par mesure de prévention, on lui a exigé de me trouver un logis mais il continue à m’attaquer, les biens dont il dispose sont gaspillés avec ses concubines, je crains pour ma vie. »

L’ivresse serait à l’origine de la violence basée sur le genre

Alfred Havugimana habite le village Karihira, cellule Gihembe, secteur Kageyo. Il est accusé d’avoir frappé sa femme, Mukaporoje, provoquant l’avortement d’une grossesse de deux mois. Il justifie ce comportement par l’ivresse. Au moment de la collecte d’information, il avait été arrêté par le Bureau d’Investigation du Rwanda (RIB).

« J’ai usé de violence à cause de l’ivresse. Je demande pardon à Dieu, à ma femme et à l’Etat. Je conseillerais à mes semblables d’éviter la violence basée sur le genre car il n’y a aucun bénéfice, plutôt cela détériore les conditions de vie de la famille, » constate-t-il.

Shumbusho du village Munini, cellule Gisuna, secteur Byumba, district Byumba, accusé d’avoir blessé sa femme Félicité Mukabwanakweli et de gaspillé ses revenus, a déclaré que chaque fois qu’il frappait sa femme, il en subissait les conséquences.

Shumbusho accusé d’avoir blessé sa femme Félicité Mukabwanakweli et de gaspiller ses revenus/photo:Alphonse M./www.umuringanews.com

« Je frappais ma femme suite aux désaccords dans le foyer conjugal. Elle m’accusait de concubinage et de mauvaise gestion du patrimoine familial. Elle racontait des mensonges à mon égard, ce qui me rendait fou furieux et je la battais. Elle m’a fait emprisonné, des familles et des autorités de base sont intervenues en ma faveur et j’ai été remis en liberté. Depuis lors, on a divorcé, » explique-t-il.

Zacharie Izabayo, habitant le village Ruhashya, cellule Gisuna, secteur Byumba, concernant le viol basé sur le genre commis contre sa femme Consolée Mutuyimana, il répond que c’était son droit. « Lui faire des coups, je trouvais que c’était mon droit. Elle me demandait chaque fois comment je gérais l’argent gagné dans mes petits jobs. Quand je rentrais, elle refusait que l’on fasse les relations sexuelles. Je la violais car j’ai demandé sa main et j’ai payé la dot. Je n’accordais aucune considération aux motifs tels que la fatigue ou les menstruations, » dit-il.

Le chômage du à la pandémie de covid-19 a augmenté le taux de violence sexuelle

Le coordinateur du Centre de ressources pour hommes du Rwanda « RWAMREC », Fidèle Ngayaboshya trouve que le chômage est la source de la pauvreté et de la faim. Il signale aussi le fait de quémander un verre durant toute la journée qui entraine l’ivresse comme des causes directes de l’augmentation du taux de violence sexuelle.

« La perte d’emploi pour certains hommes ou alors la réduction du nombre des heures de travail a conduit à des conflits familiaux qui sont à l’origine de la violence basée sur le genre, » analyse-t-il.

Selon Ngayaboshya, pendant cette période de covid-19, RWAMREC se sert de ses volontaires dans la résolution du problème de violence basée sur le genre. Les volontaires servent d’intermédiaires entre l’Organisation et l’administration. Celle-ci leur permet de rencontrer la population pour des formations sur la prévention de la violence basée sur le genre. Cependant en cas de violence, la population doit savoir que le seul recours c’est le Bureau d’Investigation du Rwanda (RIB).

La représentante du Conseil National des Femmes dans le district de Gicumbi, Olive Uwamurera, a souligné que les conflits familiaux demeurent un problème préoccupant pour le pays car, dit-elle, en cas de mésententes constantes, la famille ne peut pas se développer. Elle confirme que selon les informations en provenance de leurs réseaux au niveau des villages, la pandémie de covid-19 a favorisé l’augmentation des conflits familiaux.

« Pendant cette période de crise sanitaire, le nombre de femmes victimes de Violence basée sur le genre est en hausse. Cette situation est due au désœuvrement des hommes qui s’adonnent à l’alcool, et suite l’ivresse, ils donnent des coups à leurs femmes et posent d’autres gestes violents contre elles, » avance-t-il.

Elle pointe du doigt cette pandémie qui ne permet plus les rencontres vespérales au niveau des villages. Elles servaient de plateforme pour donner des conseils aux couples et les motifs de leur conflit étaient présentés sur les lieux. Les gens rentraient à la maison après avoir été réconciliés. Elle promet que l’on trouvera un moyen de prévention des conflits au sein des couples.

La vice-maire en charge des affaires sociales, Elisabeth Mujawamariya, a affirmé que sur base des rapports des instances décentralisées, la violence basée sur le genre est en hausse mais cela est dû à l’ivresse.

« Même si les cabarets sont fermés, les boutiques vendent l’alcool. Les gens les achètent et les consomment dans leurs familles. Lorsqu’ils deviennent ivres, ils dénichent les problèmes. Mais nous sommes en train de chercher un moyen d’organiser un dialogue avec les familles dans le but de prévenir les conflits. En cas de violence, la femme doit savoir porter plainte pour être rétablie dans ses droits, » avance-t-elle.

Rappelons que les résultats d’une recherche organisée par « Christian University of Rwanda » en 2019 sur la violence faite aux femmes en famille montrent que le taux est très élevé.

Ce travail scientifique visait à montrer le taux de violence faite aux femmes, le rôle des hommes, les causes, les preuves matérielles, les conséquences et les mesures à prendre pour éradiquer ce mal ou réduire sa fréquence de façon significative.

Pour que cette recherche puisse donner des résultats crédibles, un échantillon de 220 personnes dont 110 hommes et 110 femmes a été sélectionné dans 11 districts, dans toutes les provinces et la ville de Kigali.

Les résultats montrent que le taux de violence faite aux femmes est très élevé car 73,6% des femmes interrogées ont été victimes d’une des violences, au moment où 90% de violences ont été faites par les hommes sur leurs conjointes.

Les femmes interrogées dans toutes les catégories ont été victimes de l’une des violences basées sur le genre. 86,3% ont un niveau inférieur ou égal à l’école primaire, 62,9% ont fait l’enseignement secondaire et supérieur, 80% des femmes sont rurales et 70% vivent dans le milieu urbain.

 

NIKUZE NKUSI Diane

Sangiza abandi iyi nkuru